Articles

Imprimer

Les achats, moteur de la digitalisation

Face à la transformation digitale qui révolutionne le fonctionnement et l’organisation des entreprises, la fonction achats a un rôle important à jouer. D’abord en accompagnant le mouvement de manière transverse, mais aussi en adaptant ses pratiques et en tirant parti des nouveaux outils numériques pour gagner en efficacité.

conf-digitalisationApplications mobiles, réseaux sociaux, objets connectés, e-commerce… Depuis quelques années, la déferlante des nouveaux outils numériques bouscule les schémas traditionnels dans les entreprises. Mais aussi le rôle des acheteurs. A l’image de celles des groupes Axa, Bouygues Télécom, La Poste et Sanofi, récemment invités par l’EBG à partager leur expérience, les directions des achats sont d’ailleurs nombreuses à s’être saisies du sujet de la digitalisation. Pourquoi ? D’abord pour une question de légitimité, estime Fabien Krawczyk, directeur des achats immatériels du groupe postal (4,4 milliards d’euros d’achats annuels, 550 acheteurs-approvisionneurs), qui mène actuellement un vaste programme de transformation digitale pour adapter ses métiers à l’évolution des usages, et s’est doté d’une entité transverse dédiée au numérique. « Pour la direction des achats, il est impératif d’évoluer en même temps que ses interlocuteurs, en se mettant à niveau dans un domaine où un nouveau mot apparaît tous les jours, pour ne pas se laisser dépasser et rester capable d’apporter de la valeur », estime-t-il.

Mieux, par sa transversalité et son rôle central, la fonction doit porter l’approche et faire du digital un sujet partagé par tous. C’est en tout cas la situation chez Sanofi (12,5 milliards d’euros d’achats annuels, 1 000 acheteurs), où la digitalisation a totalement transformé les relations avec l’écosystème. « Pour les sensibiliser, nous demandons à nos category managers de réfléchir à leur dépendance au digital aujourd’hui, demain, dans cinq ans », explique son vice president global procurement, marketing and sales, Henri-Claude Lambert. Fabien Krawczyk estime que « les acheteurs doivent surtout devenir des facilitateurs de l’innovation et de la transformation numérique ». Toutefois, prévient-il, « créer des acheteurs spécialisés dans les domaines de la digitalisation est une mauvaise idée ». Il conseille plutôt de « repeindre chaque catégorie en digital ». Même image pour Pascal Pelon, directeur des achats d’Axa (500 millions d’euros d’achats annuels adressables en France, 30 acheteurs) : « Tout l’enjeu consiste à donner une coloration numérique aux acheteurs pour favoriser la transversalité sur le sujet du digital dans l’entreprise ».

Comment apporter cette culture numérique ? Bouygues Télécom (2,7 milliards d’euros d’achats annuels, 50 acheteurs) et Sanofi misent en priorité sur la formation, en particulier par le biais de sessions en Mooc (Massive Open Online Course), c’est-à-dire de cours en ligne ouverts à tous. Mais aussi sur des recrutements ciblés autour de quelques technologies clés et, surtout, sur le travail en équipe. « Nous mettons en place des groupes de réflexion multi domaine associant des acheteurs, des responsables marketing, des techniciens informatiques, des juristes, etc. », témoigne Henri-Claude Lambert. Parfois, comme c’est le cas chez Bouygues Télécom, les fournisseurs peuvent être de la partie. « Nous organisons également des voyages à thème, deux à trois fois par an, avec les opérationnels au fait de l’innovation, pour permettre à la fonction achats de rester en prise avec le marché », complète sa directrice des achats, Caroline Tissot. Qui y voit aussi une façon de motiver les acheteurs, et de les retenir.

L’impact de la digitalisation sur la fonction achats se prolonge dans ses modes de fonctionnement et ses outils. « Même si les fondamentaux ne changent pas, elle introduit de nouvelles méthodes, notamment en matière de contractualisation », constate Pascal Pelon, chez Axa. Les contrats avec les fournisseurs de solutions digitales doivent par exemple être renforcés sur les aspects liés à la réversibilité et à la sécurité. « La protection des données devient un enjeu crucial, que les acheteurs doivent maîtriser », détaille Henri-Claude Lambert, chez Sanofi. Toute la relation avec les fournisseurs se trouve en fait modifiée. Ainsi, chez Bouygues Télécom, le déploiement de Salesforce, pour mettre en place une approche multicanale de la relation client, a été très riche d’enseignements pour les acheteurs. « Par rapport aux fournisseurs informatiques historiques, mes équipes ont appris à travailler différemment en tenant davantage compte de l’innovation, de la gestion des risques, etc. », raconte Caroline Tissot. En outre, dans une approche digitale transverse, les entreprises n’achètent plus une solution mais un résultat. « Pour les achats, poursuit-elle, cela suppose d’apprendre à convaincre les opérationnels, qui craignent de perdre la maîtrise ». Et de raisonner davantage en termes de coûts complets. « Les aspects économiques deviennent secondaires, confirme Fabien Krawczyk, à La Poste. Il faut appréhender les achats en lien avec la digitalisation d’abord en termes de valeur ajoutée ».