La matinale d’ouverture des Universités 2026 du Conseil national des achats (CNA) a délivré les résultats de la première édition de l’Observatoire lancé pour dresser une cartographie du métier d’acheteur. Le niveau d’utilisation de l’intelligence artificielle, et surtout son impact sur les processus et les équipes, a été particulièrement scruté.
Pour son édition 2026, organisée mi-juin, les Universités des Achats du CNA ont de nouveau fait la part belle au digital. D’abord lors des ateliers de l’après-midi d’ouverture, le lundi 15, puis à l’occasion de la grande matinale d’échanges du mardi 16, qui a réuni plus de 800 professionnels au Théâtre de Paris et à distance. Dans son introduction, Jean-Luc Baras, président du CNA et directeur des achats du groupe Eiffage, a d’ailleurs commencé par rappeler qu’aujourd’hui « il n’y a pas de sujet aussi porté et transformé par la technologie » que les achats.
Cette édition était centrée sur les résultats du premier Observatoire national des métiers achats, réalisé avec OpinionWay. Au fil des premières tables rondes, les résultats ont d’abord révélé que la fonction, jugée stratégique par près de neuf répondants sur dix, doit accélérer sa transformation face à l’irruption de l’intelligence artificielle. « Si l’acheteur est juste un acteur qui exécute un processus, il sera rapidement remplacé par l’IA », a ainsi mis en garde Maxime Picat, ex DG marque Peugeot et Chief Global Purchasing & Supply Chain Officer. Dans ce contexte, plusieurs intervenants ont appelé à faire évoluer le métier vers davantage de création de valeur. Hervé Legenvre, directeur de la recherche EIPM, défend ainsi la figure d’un « acheteur entrepreneur », capable d’anticiper et d’arbitrer dans des environnements complexes. De son côté, Natacha Tréhan, maître de conférences en management des achats responsables à l’Université Grenoble Alpes, et directrice du master Desma de Grenoble IAE-INP, a insisté sur la nécessité de changer d’échelle : « L’IA doit servir à réinventer le business, pas seulement à améliorer les processus ».
C’est d’ailleurs sur le terrain du digital que l’Observatoire apporte les enseignements les plus marquants. Si la performance financière reste prioritaire (83 %), la transformation est bien identifiée : la digitalisation est citée par 50 % des répondants, et l’IA par 26 %. Surtout, les usages sont déjà largement installés : 90 % des acheteurs déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle, dont plus d’un tiers au quotidien. L’enjeu n’est donc plus l’adoption, mais l’usage. « L’IA est un moyen au service des objectifs, pas une fin », a rappelé Carine Vinardi, ex directrice R&D et Opérations chez Tarkett, appelant à des approches ciblées et pragmatiques. L’un des apports majeurs réside dans l’automatisation de tâches administratives, permettant aux acheteurs de se recentrer sur la négociation, la relation fournisseurs et la décision. « L’IA doit nous aider à être plus performants, mais notre métier est ailleurs », a résumé Daniel Ruston, directeur des achats et de la logistique du groupe RATP.
Cette montée en puissance suppose néanmoins vigilance et compétences. « L’IA n’est ni neutre, ni transparente, ni gratuite », a averti Laurence Devillers, professeure en Intelligence Artificielle à Sorbonne Université et au CNRS, soulignant l’importance d’un regard critique et de la formation. Au final, l’IA s’impose comme un levier structurant plutôt qu’un objectif en soi. Elle accélère la transformation d’une fonction achats appelée à conjuguer expertise métier, technologies et vision stratégique, sans en effacer la dimension humaine.
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Pour son édition 2026, organisée mi-juin, les Universités des Achats du CNA ont de nouveau fait la part belle au digital. D’abord lors de la journée d’ouverture du lundi 15, dans le cadre de l’après-midi d’ateliers thématiques animés par la vingtaine de partenaires de l’évènement. Mais aussi pendant la grande matinale du mardi 16 qui a réuni plus de 800 professionnels, au Théâtre de Paris et à distance, autour de conférences, débats et regards croisés sur les grands enjeux de la fonction. Dans son introduction, Jean-Luc Baras, président du CNA et directeur des achats du groupe Eiffage, a d’ailleurs tout de suite rappelé qu’aujourd’hui « il n’y a pas de sujet aussi porté et transformé par la technologie ».
Cette année, la matinale était centrée sur la présentation du premier Observatoire national stratégique des métiers achats, réalisé avec OpinionWay, pour proposer la « radiographie d’une profession à la croisée des chemins ». Structuré autour du rôle des acheteurs, de leurs compétences, de l’impact du digital et de l’IA ou encore de l’attractivité du métier, l’étude met en lumière une profession en pleine mutation, mais déjà largement engagée dans l’appropriation des technologies. En suivant ce découpage, les premières tables rondes ont prolongé ce diagnostic en approfondissant le repositionnement de la fonction. Jugée stratégique par près de neuf répondants sur dix, elle s’inscrit désormais dans une approche élargie, intégrant enjeux géopolitiques, environnementaux et d’innovation. Mais ce changement de stature appelle aussi une évolution des pratiques. « Si l’acheteur est juste un acteur qui exécute un processus, il sera rapidement remplacé par l’IA », a ainsi rappelé Maxime Picat, ex DG marque Peugeot et Chief Global Purchasing & Supply Chain Officer, lors des échanges, soulignant l’urgence de renforcer la dimension décisionnelle et la vision.
Au-delà de ce constat, plusieurs intervenants ont plaidé pour une transformation plus profonde du métier. « Ni cost killer, ni seulement responsable : il faut être capable de performer sur plusieurs dimensions », a résumé Hervé Legenvre, directeur de la recherche EIPM, en défendant le concept d’« acheteur entrepreneur », capable d’anticiper, d’arbitrer et d’innover dans des environnements complexes. Une évolution qui suppose d’« appréhender l’environnement avant d’acheter », et qui confère à la fonction un rôle de pilotage bien au-delà des seuls processus achats. Dans la même logique, Natacha Tréhan, maître de conférences en management des achats responsables à l’Université Grenoble Alpes, et directrice du master Desma de Grenoble IAE-INP, a appelé à un changement de perspective face aux mutations en cours.« Pendant que nous débattons de l’avenir des achats, d’autres comme la Chine sont déjà en train de le construire », a-t-elle alerté, invitant à mobiliser l’IA non pas uniquement pour optimiser l’existant, mais pour transformer les modèles.« L’IA doit servir à réinventer le business, pas seulement à améliorer les processus », a-t-elle insisté, en plaidant également pour davantage de collaboration et une approche plus pragmatique de l’innovation.
Mais c’est bien sur le terrain du digital que la matinale a livré ses enseignements les plus concrets. L’Observatoire montre que, si la performance financière reste le premier objectif cité (83 %), les enjeux liés à la transformation sont bien identifiés. Ainsi, la digitalisation de la fonction atteint 50 % de citations, tandis que l’usage de l’intelligence artificielle, encore en retrait (26 %), s’impose déjà comme un axe structurant. Dans le détail, les acheteurs déclarent une meilleure maîtrise des dimensions classiques – RSE (67 %), gestion des risques (63 %) ou sécurisation des approvisionnements (62 %) – que des technologies émergentes. Un écart qui souligne moins un retard qu’un changement de paradigme en cours : l’IA ne constitue pas encore un cœur de compétence, mais devient un levier au service de ces priorités historiques. Ce basculement est encore plus net en observant les usages. Contrairement à certaines idées reçues, l’IA est déjà largement présente dans les pratiques : neuf acheteurs interrogés sur dix déclarent utiliser des outils d’intelligence artificielle, dont 36 % quotidiennement et 27 % de manière hebdomadaire.
Autrement dit, la question n’est plus celle de l’adoption, mais bien de la finalité. C’est précisément ce qu’a résumé Carine Vinardi, ex directrice R&D et Opérations chez Tarkett, en rappelant que « l’IA est un moyen au service des objectifs, pas une fin ». Dans cette perspective, les intervenants ont insisté sur la nécessité de cibler les usages et de privilégier des approches sobres et pertinentes, loin des effets de mode. L’un des apports majeurs de l’IA réside dans sa capacité à libérer du temps. Alors que les acheteurs consacrent encore une part importante de leur activité à des tâches administratives ou de reporting, l’automatisation ouvre la voie à un recentrage sur les fondamentaux du métier : négociations complexes, relation fournisseurs ou prise de décision. « L’IA doit nous aider à être plus performants, mais notre métier est ailleurs », a ainsi rappelé Daniel Ruston, directeur des achats et de la logistique du groupe RATP.
Pour autant, cette montée en puissance ne va pas sans vigilance. « L’IA n’est ni neutre, ni transparente, ni gratuite », a rappelé Laurence Devillers, professeure en Intelligence Artificielle à Sorbonne Université et au CNRS, appelant à développer un regard critique sur les outils et leurs limites. La formation apparaît dès lors comme un enjeu central, dans la continuité d’un métier déjà marqué par une exigence d’apprentissage permanent. Au-delà des usages actuels, la matinale a également esquissé des perspectives plus structurantes. Pour certains, l’IA ne doit pas seulement améliorer les processus existants, mais contribuer à réinventer les modèles économiques. Une ambition portée notamment par les profils les plus jeunes, pour qui la data et l’intelligence artificielle constituent déjà un socle naturel de travail.
En filigrane, c’est bien une nouvelle posture qui se dessine : celle d’un acheteur capable d’appréhender son environnement, de croiser les données et de piloter la performance globale. Dans ce cadre, l’IA apparaît comme un accélérateur, mais aussi comme un révélateur des compétences clés du métier : vision, discernement et capacité à décider dans un contexte incertain. Au terme de cette matinale, une conviction s’est imposée, celle que « la fonction achats n’est pas simplement à un tournant, mais au cœur d’un carrefour stratégique où se croisent transformation digitale, exigences de performance et attentes sociétales », selon Nathalie Leroy, déléguée générale du CNA. Dans cet équilibre, l’intelligence artificielle ne remplace pas l’acheteur, elle redéfinit le périmètre de sa valeur.