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Le sourcing, talon d’Achille des ERP

Bien que le module achats soit le plus présent dans les progiciels de gestion généralistes déployés par les entreprises, leurs éditeurs restent à la peine sur le sourcing. Mais la plupart s’activent pour se mettre à niveau.

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Selon la dernière enquête de satisfaction réalisée par le cabinet d’expertise CXP et ERP-infos, les achats seraient le domaine le plus présent dans les ERP et plus généralement dans les progiciels de gestion servant de socle au système d’information des entreprises. Cités par 78 % des 747 répondants, soit 4 points de plus qu’en 2015, ils devanceraient largement la gestion commerciale (70 %) et la comptabilité (69 %). En termes de valeur ajoutée, toutefois, la situation serait moins idyllique. Au classement pondéré (en tenant compte de l’ordre, sur cinq domaines cités), le module achats ne se classe en effet qu’en seconde position, probablement pénalisé par une couverture fonctionnelle incomplète.

Historiquement positionnées sur le volet transactionnel du cycle procure-to-pay (e-procurement, gestion de la chaine logistique, facturation, paiement), les fonctionnalités achats de la plupart des solutions de gestion généralistes sont en effet devenues insuffisantes pour répondre aux besoins croissants d’une fonction en pleine professionnalisation. En particulier, elles couvrent encore mal le cœur du processus de sourcing, ou « sourcing stratégique » (analyse des dépenses, appels d’offres et enchères, gestion des contrats, pilotage de la performance, etc.), le pilier du métier. Pour automatiser et optimiser l’intégralité du processus achat, les pures-players gardent une longueur d’avance. Particulièrement en France, où de nombreux spécialistes qui ont grandi par croissance organique proposent aujourd’hui des solutions robustes et stables, certaines intégrant même des problématiques connexes (finance, logistique, etc.).

Si, aux côtés de SAP, les grands cabinets d’étude placent encore Oracle parmi les principaux acteurs du marché de l’e-achat, c’est uniquement à travers un prisme mondial et sans tenir compte des limites de ses offres ERP (Oracle eBusiness Suite, Peoplesoft, JD Edwards, Siebel, etc.), en termes de valeur ajoutée sur le cœur de métier achats. D’ailleurs, les rares déploiements s’inscrivent généralement dans des projets d’informatisation transverses, et se limitent, sur le périmètre des achats, au procure-to-pay. SAP, en revanche, demeure un leader incontesté, à la faveur de l’intégration réussie d’Ariba dans son écosystème. Profitant du repositionnement de ses offres e-achats, autour de l’Ariba Business Network et des solutions spécialisées Fieldglass et Concur, les capacités des modules de sa gamme d’ERP se sont renforcées.

Les éditeurs d’ERP adressant les grandes ETI, tels Infor, Microsoft ou Unit4, ainsi que les acteurs du monde des ERP intermédiaires (Comarch, Generix, IFS, Kimoce, Proginov, Qualiac, Sage, Sylob, etc.) sont également à considérer. Mais avec les mêmes réserves que pour Oracle. Ils sont généralement très en retard sur les fonctionnalités de sourcing. Leur couverture des achats reste souvent focalisée sur la gestion des données référentielles (produits, fournisseurs, etc.) et sur le volet aval du processus achats. En particulier, les interfaces d’accès aux catalogues et leurs moteurs de recherche n’ont pas atteint la puissance et la convivialité des outils des acteurs spécialisés. Le constat vaut également pour les ERP libres (open source), comme Compiere et Odoo (ex OpenERP), les plus répandus, mais aussi leurs challengers Adempiere, ERP5, Neogia, OFBiz, OpenBravo ou OpenInfo3W.

Pour autant, et bien qu’ils focalisent aujourd’hui leurs efforts sur une évolution vers le Cloud, les ERP n’ont pas dit leur dernier mot. Petit à petit, leur couverture progresse, à l’image du Français Qualiac qui envisage de lancer un module achats intégral, incluant notamment des fonctionnalités d’e-sourcing et un portail fournisseurs, à l’horizon 2017. Dans l’enquête du CXP et ERP-Infos, la progression régulière du niveau de déploiement du module achats au fil des éditions témoigne d’ailleurs des efforts constants des éditeurs généralistes dans ce domaine. Les résultats confirment surtout le rôle de plus en plus central de la fonction achats et l’enjeu que représente son informatisation pour la performance globale. Malgré les réserves, et en raisonnant sur l’ensemble des modules, les entreprises se montrent plutôt satisfaites de leur solution de gestion. Elles lui attribuent une note moyenne de 6,4 sur 10, quasiment identique à celle de 2015, et trois quarts assurent qu’elles conserveraient le même éditeur en cas de nouveau projet.